10 juil. 2014

Article sur le Festival international de jazz de Montréal

The Economist a publié un article particulièrement élogieux sur le Festival international de jazz de Montréal dans son édition du 21 juin dernier (page 82). L'organisation et l'historique du FIJM y sont bien présentés.

Lien vers le site Internet de la revue :

http://www.economist.com/news/books-and-arts/21604534-organising-jazz-worlds-biggest-street-party-all-jazz

7 juil. 2014

Les nanosatellites

Loin d'être de la science fiction, les nanosatellites existent bel et bien. Il semble qu'il y en ait en orbite depuis l'an dernier.

Les gros satellites, ceux de la grosseur et du poids d'une automobile de grande dimension, sont encore utiles et nettement plus perfectionnés que leur ancêtre, le Sputnik. La venue des modèles réduits ne les a pas rendus désuets.

Les nanos, ceux ne pesant que de un à dix kilos, en forme de cube et de la grosseur d'un grille-pain, circulent déjà autour de la terre. Leur coût : quelques dizaines de milliers de dollars dans certains cas, selon la revue The Economist, soit nettement moins chers que les gros, dont les coûts vont facilement chercher dans les millions de dollars. Ils n'ont pas la polyvalence et la capacité des gros. Ils sont conçus et fabriqués pour répondre à des besoins spécifiques : surveillance des cultures et des moyens de transport, observation de l'espace, etc.

Le Canada est-il présent dans cette aventure spatiale?

Il semble que ce soit le cas, si l'on se base sur un article de The Globe and Mail du 19 juin dernier et sur le site Internet de l'Agence spatiale canadienne où des documents en français sur les nanosatellites sont disponibles (référence ci-dessous). L'Institute for Aerospace Studies de l'Université de Toronto est très actif dans ce domaine.

Sources :

The Economist, édition du 7 juin 2014, pages 13 et 16  «Space: the next startup frontier», et pages 18, 20 et 22 de la section Technology Quarterly «Nanosats are go!»

http://www.economist.com/news/leaders/21603441-where-nanosats-boldly-go-new-businesses-will-followunless-they-are-smothered-excessive

http://www.economist.com/news/technology-quarterly/21603240-small-satellites-taking-advantage-smartphones-and-other-consumer-technologies

The Globe and Mail

http://www.theglobeandmail.com/news/national/canada-russia-relations-cast-pall-over-space-launch/article19233793/

Agence spatiale canadienne

http://www.asc-csa.gc.ca/fra/satellites/brite/default.asp

http://www.atmosp.physics.utoronto.ca/~workshop/presentations_2010/DAY-1%20Alfred%20Ng%20FR.pdf



29 juin 2014

Les Danois et le commerce des fourrures

De ce côté-ci de l'Atlantique, particulièrement dans l'Est du Canada, nous connaissons bien les positions européennes contre le commerce des fourrures, notamment les produits du phoque. Alors, lire que le Danemark, pays membre de l'Union européenne, est le pivot de l'industrie mondiale de la fourrure a de quoi surprendre pour quiconque a une connaissance limitée de cette industrie.

D'après la revue The Economist, le Danemark «... is the home of the Danish Fur Breeders’ Association, the world’s largest fur-auction house, and the heart of expertise about animal skins. As Hollywood is to films and Silicon Valley is to information technology, Kopenhagen Fur is to peddling the pelts of fluffy creatures.» 

En une page, l'article de The Economist nous en apprend beaucoup sur une industrie dont le commerce des produits a jadis joué un rôle central dans l'histoire de notre pays.

Source :
«Adventures in the skin trade : How the Danes became masters of the global fur business», The Economist, édition du 3 mai 2014. Page 62.

Ou bien :
http://www.economist.com/news/business/21601488-how-danes-became-masters-global-fur-business-adventures-skin-trade

28 mai 2014

Régime minceur pour le Rapport sur la politique monétaire


Le «Rapport sur la politique monétaire» (RPM) de la Banque du Canada, publié au début de chaque trimestre, examine l’évolution récente et les perspectives de l’économie mondiale et de l’économie canadienne ainsi que les risques entourant les perspectives d’inflation. La Banque y inclut aussi régulièrement des encadrés ou des annexes portant sur divers sujets. Toutefois, depuis l’édition d’octobre 2013, le RPM est nettement plus court qu’auparavant. Cela peut s’expliquer en partie par des changements à la mise en page, mais, surtout, par l’abandon de la publication d’un bon nombre de graphiques pourtant utiles et intéressants.

En 2012, le RPM avait un minimum de 34 graphiques, en janvier, et un maximum de 40, en octobre, et ce, sans compter ceux des encadrés ou des annexes. En 2013,  les éditions de janvier, avril et juillet avaient respectivement 34, 36 et 37 graphiques; en octobre, on descendit à 27. En janvier et en avril 2014, on passe à 20 graphiques, toujours en excluant encadrés ou annexes. Quant au nombre de pages, il passe de 30 pages et plus jusqu’en juillet 2013, à 27 en octobre dernier, en excluant l’annexe,  à 22 et 26 respectivement en janvier et avril derniers.


 
Dommage, parce que des graphiques peuvent se substituer à bien des mots pour présenter des faits ou des tendances. Si une image vaut mille mots comme le veut l’adage, un graphique, avec titre et légende explicites, en donne au moins tout autant dans un rapport à contenu économique.
 
Plus court, le RPM sera-t-il davantage consulté qu’auparavant? On peut en douter. Les gens qui veulent une version brève peuvent toujours lire le sommaire présenté en trois pages ou encore le communiqué de presse de la Banque pour les plus pressés. Dans sa version raccourcie, le RPM demeure tout de même un document intéressant à consulter. Il reste à espérer que sa cure minceur est terminée.

Enfin, un article de Dean Debby de la Presse canadienne, publié dans l’édition du 20 octobre 2013 de The Globe and Mail, fait référence à un rapport interne  de mars 2012 de la Banque du Canada où il est question des déficiences en rédaction de ses économistes. Diminuer le contenu du RPM n'est pas, selon moi, la solution au problème identifié dans ce rapport interne.

Lien vers le RPM : http://www.banqueducanada.ca/publication/rpm/

  

15 mai 2014

«Le règne des boomers» de Jean-Claude Cloutier


Ce livre de Jean-Claude Cloutier sur les baby-boomers est une mise en contexte du grand chambardement survenu dans la société en raison principalement de leur avènement. Il y a bien l’effet du nombre, mais, comme le signale l’auteur, les changements vont au-delà de cela à maints égards. Leur arrivée coïncidence avec de nouveaux besoins à satisfaire dans l’ensemble de la population et de nouvelles conceptions des rôles, entre autres, dans les domaines de l’éducation et de la santé.

Cette «… espèce d’autobiographie collective.» (page 11) éveille bien des souvenirs chez les lecteurs de cette génération ou chez ceux de la précédente. À ceux de la suivante, l’auteur offre une synthèse répondant à bien des interrogations sur l’effervescence, les espoirs, les rêves, les défis, les expériences, les remises en question, les  controverses, les ambivalences,  les déceptions, les angoisses, etc. de la deuxième moitié du vingtième siècle vue, en particulier, à partir du Québec. Les plus jeunes vont y découvrir que ce qui va de soi aujourd’hui a eu un début dans un passé pas aussi lointain qu’ils peuvent parfois l’imaginer. À tous, ce livre offre la possibilité de mieux comprendre, cerner et saisir l’ampleur des changements survenus ou, encore, de ceux qui sont demeurés en plan. Il fait aussi état des courants de pensée, des événements, des conflits, des forces en présence, et de comment tout cela s’est coulé dans l’histoire du Québec et de ses «boomers».

À la lecture des quelque deux cents pages du livre, on sent bien que monsieur Cloutier a vécu, assimilé, décortiqué et analysé ce qu’il nous décrit et ce, dans un langage vif, accessible et sans détour où il sait éviter les longues descriptions et les écueils qui auraient pu ennuyer le lecteur.
Des passages ne sont pas sans surprendre, comme «…la révolution du Québec…ne donna lieu à aucune autre violence que verbale…» (page 36) et «… au référendum de 1980 sur l’indépendance du Québec.» (page 65). L’auteur apporte cependant les nuances nécessaires lorsqu’il traite du FLQ ainsi que des luttes syndicales aux pages 51 à 53, ou encore de la question référendaire de 1980 à la page 71.

Monsieur Cloutier porte en conclusion un jugement critique sévère envers sa génération :

«… le règne des boomers n’a été déterminant qu’à cause de leur nombre et du poids qu’ils exerçaient sur l’économie, pas parce qu’ils auraient collectivement décidé de changements susceptibles d’améliorer l’humanité ou de compromettre son avenir. Leurs succès et leur aisance, ils le doivent en grande partie à ceux qui les ont précédés.» (page 195).

Bon joueur, il revient tout de même dans les derniers paragraphes sur des contributions importantes sur le plan social : égalité des sexes, traitement des minorités, etc. Il aurait pu ajouter d’autres exemples, comme les progrès des dernières décennies sur le plan des connaissances et de l’innovation où il y a eu des apports majeurs de ses contemporains.

Le livre s’arrête sur le plan chronologique au «Printemps érable», mais les «boomers» eux sont bien loin de s’arrêter. Ils continuent d’être une force économique et sociale et des agents de changement. Le grand chambardement se poursuit avec leur vieillissement. Comment vont-ils continuer d’influencer les choix stratégiques, les investissements en infrastructures économiques et sociales ainsi que la production de biens et services? Un éventuel tome deux nous le dira peut-être un jour bien que monsieur Cloutier semble vouloir laisser à « ...d’autres…[de] prendre la plume» (page 197).

 

Référence

Cloutier, Jean-Claude. «Le règne des boomers - De mai 1968 au printemps érable». Les Éditions GID, 2013. 197 pages.

http://www.leseditionsgid.com/boutique-en-ligne/volumes-hors-collection/le-regne-des-boomers-detail

30 avr. 2014

Théories quantique et de la relativité

Si, comme moi, vous aimez que les choses compliquées vous soient expliquées simplement, voici un paragraphe d'un éditorial de la revue The Economist qui semble bien décrire les théories quantique et de la relativité ainsi que le lien potentiel entre les deux :

«Quantum theory is the theory of small things. It describes electromagnetism and two less-familiar forces that operate at the scale of atomic nuclei. Relativity theory is the theory of big things. It describes the force of gravity. Since inflation is the way the universe made the transition from small to big, it is a good place to look for the missing link.»

Ce paragraphe provient de l'édition du 22 mars dernier de la revue (page 14). L'éditorial complet est disponible à :


http://www.economist.com/news/leaders/21599357-quest-understand-reality-takes-great-leap-backwards-man-suddenly-sees-start

27 avr. 2014

La langue parlée par Jésus, l'Araméen, pourra-t-elle survivre?

Jadis langue utilisée couramment au Moyen-Orient, l'Araméen est en voie de disparition. Ajoutez à cela que Maaloula, seul village où cette langue serait encore d'usage, voit sa population fuir et se disperser en raison de la guerre civile qui sévit et fait des ravages en Syrie. Les perspectives de survie de cette langue s'assombrissent donc encore un peu plus ces temps-ci.

Si vous voulez en savoir davantage sur cette langue, je vous suggère de lire l'article publié dans The Globe and Mail du 18 avril (pages A6 et A7), article aussi disponible sur le site Internet de ce quotidien à :

http://www.theglobeandmail.com/news/world/language-of-jesus-still-spoken-in-syrian-village-but-at-risk/article18064248/

Wikipédia a aussi un bon article en français sur l'histoire de cette langue à :

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Aram%C3%A9en


Mise à jour du 15 février 2015

Une école primaire en Turquie aurait été autorisée, en 2014, à enseigner aux élèves en Araméen, selon un article publié par la revue The Economist le 10 janvier dernier (page 48).


17 avr. 2014

William ou Guillaume

William est le prénom le plus populaire pour les garçons nés au Québec en 2012 et en 2013. C'est ce que nous rapporte un article de La presse canadienne reproduit dans le quotidien Le Soleil, le 15 avril dernier. Le classement des prénoms provient de la Régie des rentes du Québec.

Ce choix a de quoi étonner puisque William, en français, c'est Guillaume.

15 avr. 2014

L'âge et l'appui à la souveraineté du Québec


La revue The Economist du 5 avril dernier (page 31) publie un graphique de Claire Durand de l’Université de Montréal qui présente bien l’évolution de l’appui à la souveraineté du Québec par groupe d’âge chez les francophones. Les données de Mme Durand avaient aussi fait l’objet d’un commentaire de Lysiane Gagnon dans sa chronique «A dim future for sovereignty», publiée le 26 mars dernier dans le quotidien The Globe and Mail.

 

D’après ce graphique, chez les 18-34 ans, l’appui à la souveraineté est passé d’un peu plus de 60 % en 1979 et 1995, à un peu moins de 40 % en 2013. Chez les 35-54, il est passé d’environ 35 % en 1979, à un peu plus de 60 % en 1995, pour descendre à un peu plus de 40 % en 2013. Chez les 55 et plus, il est passé d’environ 20 % en 1979, à un peu moins de 40 % en 1995 et à un peu plus de 40 % l’an dernier. Le seul groupe où l’appui à la souveraineté a poursuivi son ascension, c’est donc chez les 55 ans et plus, bien que cet appui soit à peu près du même ordre de grandeur dans les trois groupes d’âge en 2013, soit plus ou moins 40 %.

Ces chiffres m’ont rappelé la campagne électorale de 1970. J’étais allé à un rassemblement politique du Parti Québécois à Mont-Joli, municipalité du Bas-du-Fleuve. Environ les deux tiers des personnes présentes n’avaient pas encore l’âge de voter. La salle ne pouvait contenir toutes les personnes qui voulaient y entrer. Il y avait une ambiance survoltée, et on nous faisait écouter à maintes reprises le refrain «Québécois, nous sommes Québécois, le Québec saura faire s’il ne se laisse pas faire, etc.» du groupe «Les Sinners», devenu «La révolution française». L’atmosphère atteignit son comble lorsque le charismatique et tribun par excellence qu’était René Lévesque, prît la parole.  Les jeunes de cette époque sont, bien évidemment, les 55 ans et plus d’aujourd’hui.

 

Quelques jours plus tard, j’étais allé dans la même salle où se tenait, cette fois-là, un rassemblement politique de l’Union nationale (UN). Seulement 10 % des sièges étaient occupés, et la très grande majorité des gens avaient plus de 50 ans. J’étais probablement le seul «jeune» présent.

 

Il y a environ deux ans, j’ai vu à la télé des images d’un brunch dominical où Pauline Marois et Gilles Duceppe étaient présents. J’ai cru, un instant, n’y apercevoir que les têtes blanches que j’avais vues en 1970 au rassemblement de l’UN, mais, à bien y penser, je me suis fait la réflexion que c’était plutôt les jeunes de 1970 qui avaient bien changé, du moins physiquement.  

 

Par ailleurs, Jeffrey Simpson, dans sa chronique, publiée le 12 avril dans The Globe and Mail, écrit, entre autres, ceci :

«For example, here’s a little telltale from the Quebec election. An organization called Forum jeunesse runs an electoral awareness campaign for about 70,000 students, 12 to 17, in 350 Quebec schools. Students follow the election, talk about it and are given material from the electoral officer.

Then, a mock vote is taken. Not too long ago, chances are the Parti Québécois would have come first. A few decades ago, the PQ might have won a landslide.

But the mock vote produced a result of Liberals 36 per cent, Coalition Avenir Québec 21 per cent, PQ 18 per cent, Québec Solidaire 13.5 per cent. These students were not of voting age, so the results were hardly scientific. But at the very least, they suggest that the PQ isn’t what it used to be among the young. Which, in turn, doesn’t bode well for the party’s future. »

André Laurendeau a déjà écrit : «Il est normal qu’on soit séparatiste à vingt-cinq ans, cela devient plus inquiétant si on l’est encore à trente-cinq»*. Il serait probablement étonné d’apprendre que, de nos jours, chez les 55 ans et plus, l’option de la souveraineté est à un peu plus de 40 %, et à un peu moins de 40 % chez les 18-34, et de constater que plus on est jeune, moins l’option souverainiste reçoit des appuis.

 

Enfin, voici le dernier paragraphe de l’article de The Economist où l’on retrouvait le graphique de Mme Durand  auquel j’ai référé au début de mon commentaire :

 

«Claire Durand, a sociologist at the University of Montreal, speculates that the sovereignty issue has been defused for younger Francophone voters because of measures taken by successive governments to boost protection of the French language at school and in the workplace, and to acquire more control over the economy and immigration. Maurice Pinard of McGill University, who conducted the first poll on support for sovereignty in Quebec in the early 1960s, sees separatism as a social movement taken up by one generation and dropped by the next. If so, the question for the PQ is what it really stands for. »

 

* Extrait d’un éditorial du quotidien Le Devoir du 8 mars 1961, repris dans «Québec 1945-2000,  À la recherche du Québec» de Léon Dion, tome 1, page 117.

13 avr. 2014

Un engagement électoral du PLQ à réévaluer


Le Parti libéral du Québec (PLQ) a pris des engagements au cours de la dernière campagne électorale en vue d’appuyer les exportations des PME. L’un d’entre eux est libellé comme suit :

 

«Offrir un crédit d’impôt de 50 % à l’exportation aux PME sur les coûts de transport liés aux activités d’exportation, du point d’origine au point de destination. Ce crédit d’impôt s’appliquera aux exportations interprovinciales et internationales. Ce crédit d’impôt aidera davantage les entreprises les plus éloignées des centres de distribution. Il incitera les entreprises à percer des marchés plus distants. Une entreprise pourra ainsi déduire 150 % de ses coûts de transport dans le calcul de son revenu imposable.»

 

Or, un tel crédit d’impôt, s’il devait entrer en vigueur, ne serait pas conforme à l’Accord sur les subventions et les mesures compensatoires de l’OMC, Accord auquel le Québec a adhéré au milieu des années 1990. La liste exemplative de subventions à l’exportation (annexe 1 de cet Accord) indique, entre autres, ceci :

 

« f) Déductions spéciales directement liées aux exportations ou aux résultats à l’exportation qui, dans le calcul de l’assiette des impôts directs, viendraient en sus de celles qui sont accordées pour la production destinée à la consommation intérieure.»

 

Il est ainsi bien évident que le crédit d’impôt proposé par le PLQ constituerait une subvention prohibée au sens de l’article 3 de l’Accord précité.

 

Il existe bien des façons d’appuyer les PME, exportatrices ou non, sans contrevenir aux règles de l’OMC, et les gouvernements les ont utilisées abondamment au cours des dernières décennies. En fait, si une contribution financière gouvernementale (subvention, crédit d’impôt, etc.) n’est pas subordonnée aux résultats à l’exportation ou à l’utilisation de produits nationaux de préférence à des produits importés, elle n’est pas prohibée. Elle peut cependant être examinée par le gouvernement d'un pays importateur en vue d’imposer éventuellement un droit compensateur si elle procure un avantage à l’exportateur, si elle est spécifique et s’il en résulte un préjudice pour les producteurs de ce pays.




Le dossier des subventions et droits compensateurs est relativement calme ces années-ci, en comparaison des années 1980 et 1990, en particulier dans les relations commerciales canado-américaines. La dépréciation du dollar canadien vient améliorer la capacité concurrentielle des entreprises québécoises ces temps-ci. Il ne faudrait pas donner prise à leurs concurrents étrangers en mettant en évidence le soutien que le gouvernement peut leur accorder et ce, avec, par exemple, une mesure qui irait à l’encontre des engagements internationaux du Québec et du Canada.




Au-delà de la conformité de ce crédit d’impôt aux accords commerciaux internationaux, est-ce que cette déduction fiscale additionnelle ne deviendrait pas une incitation pour les entreprises de régions éloignées à desservir des marchés québécois à partir d’entrepôts ou de centres de distribution localisés à l’extérieur du Québec?

 

Un exemple : un fabricant de l’Est du Québec veut élargir sa clientèle et, pour ce faire, il souhaite vendre une partie de sa production dans la région de Gatineau et dans la région d’Ottawa. Où va-t-il choisir de localiser éventuellement son entrepôt ou son centre de distribution? Dans l’est ontarien, où il bénéficiera d’une déduction fiscale de 150 % sur ses coûts de transport, ou bien, dans la région de Gatineau où cette déduction serait de 100 %? S’il choisit l’est ontarien pour des raisons fiscales, l’investissement et les emplois qui y sont associés iront aussi là. 

 

Si le nouveau gouvernement tient à donner suite à cet engagement électoral, ne vaudrait-il pas mieux que la déduction fiscale de 150 % des coûts de transport s’applique aussi bien au marché intérieur qu’aux marchés extérieurs afin d’éviter des effets pervers? Qui plus est, sa proposition ainsi modifiée ne constituerait pas une subvention prohibée au sens des accords internationaux. 
 

 
 

20 févr. 2014

«The Ascent of Money» de Niall Ferguson


«The Ascent of Money», c’est l’histoire de l’évolution du système financier. Ce qui va de soi aujourd’hui dans le monde de la finance : banques, bourses, obligations, assurances, etc., Niall Ferguson nous en retrace les origines, l’évolution, les innovations, les difficultés,  les crises, ainsi que l’émergence et la consolidation des institutions qui en soutiennent la pérennité.

Ferguson nous explique comment les humains en sont progressivement venus à évaluer et à codifier leurs échanges, et à rechercher des moyens d’en faciliter le paiement ou le financement. Il met en évidence comment la finance, au sens large, vient appuyer la réalisation de projets, et contribue à accélérer le développement et la prospérité économiques. L’auteur ne cache pas non plus que les financiers se sont impliqués dans bon nombre de projets controversés ou nuisibles sur le plan humain, dont les efforts de guerre.  Les périodes d’instabilité économique et de crise financière y sont aussi examinées afin, notamment, d’en tirer des enseignements.

Parmi les multiples sections du livre qui ont suscité mon intérêt, je vous en signale quelques-unes :

·         La contribution à la finance de la Famille Medici;

·         La venue des Rothschilds au monde de la finance;

·         Le développement des concepts de base et du marché de l’assurance en Écosse;

·         L’échec de la stratégie de financement des efforts militaires du Sud durant la Guerre de Sécession aux États-Unis.

·         L’examen de la débâcle des Savings & Loan, du désastre de Long-Term Capital Management, ainsi que la faillite de Enron, même s’il s’agit d’histoires récentes.

Par contre, parfois, l’auteur prend des détours assez longs pour amener ses sujets, comme ses références à l’ouragan Katrina, ce qui peut être à certains égards ennuyants.

L’œuvre de Ferguson n’a pas l’ampleur et ne suscite pas l’intérêt de livres d’histoire de plus grande portée, comme «La grande aventure de l’humanité»* ou «Christianity, the First Three Thousands Years»**, mais je n’ai aucune hésitation à vous en recommander la lecture.

Par ailleurs, on commémorera bientôt les cent ans du début de la première guerre mondiale. Le contenu des pages 298 et 299 du livre de monsieur Ferguson vient nous rappeler que dans les années et les mois précédant le début de cette guerre, bien des gens en étaient venus à croire qu’une guerre entre les principales nations européennes était invraisemblable.

Enfin, voici quelques extraits du livre du professeur Ferguson qui peuvent porter à réflexion :

«The historical reality, as should by now be clear, is that states and financial markets have always existed in a symbiotic relationship. Indeed, without the exigencies of public finance, much of the financial innovation that produced the central banks, the bond market and the stock market would  never have occurred.» (page 363)

«… most importantly, without easy credit creation a true bubble cannot occur.» (page 123)

«The financial crisis that struck the Western world in the summer of 2007 provided a timely reminder of one of the perennial truths of financial history. Sooner or later every bubble bursts. Sooner or later the bearish sellers outnumber the bullish buyers. Sooner or later greed turns to fear.» (page 9)

«… I have come to understand that few things are harder to predict accurately than the timing and magnitude of financial crises, because the financial system is so genuinely complex and so many of the relationships within it are non-linear, even chaotic.» (page 16)

«But, as John Maynard Keynes once observed, in a crisis ‘markets can remain irrational longer than you can remain solvent’.» (page 329)

«For Christians, lending money at interest was a sin. Usurers, people who lent money at interest, had been excommunicated by the Third Lateran Council in 1179. Even arguing that usury was not a sin had been condemned as heresy by the Council of Vienna in 1311-12.» (page 36)

«There is no question, certainly, that the financial revolution preceded the industrial revolution.» (page 53)

«The principal driver of bankruptcy turns out to be not entrepreneurship but indebtedness.» ( page 62)

«Inflation is a monetary phenomenon, as Milton Friedman said. But hyperinflation is always and everywhere a political phenomenon, in the sense that it cannot occur without a fundamental malfunction of a country’s political economy.» (page 105)

«Of all the lessons that have emerged…, this remains the most important: that inept or inflexible monetary policy in the wake of a sharp decline in asset prices can turn a correction into a recession and a recession into a depression.» (page 164)

«Money is not metal. It is trust inscribed…And now, it seems, in this electronic age nothing can serve as money too.» (page 31)

 

Référence : Ferguson, Niall. «The Ascent of Money - A Financial History of the World». Penguin Group, 2008. 367 pages.

*Mon commentaire sur ce livre est à :
http://jailuetvous.blogspot.ca/2013/03/jai-relu-la-grande-aventure-de-lhumanite.html

**Mon commentaire sur ce livre est à : 
  http://jailuetvous.blogspot.ca/2011/09/jai-lu-christianity-first-three.html   

5 janv. 2014

William Petty : un économiste oublié ou ignoré

Quel économiste a jeté les bases du calcul du produit intérieur brut (PIB), de la valeur présente ainsi que développé une théorie monétaire quantitative et préparé les premiers comptes nationaux de l'Angleterre, et cela au dix-septième siècle? La revue The Economist nous donne la réponse : William Petty (1623-1687).

Vous vous y connaissez en économie, ou du moins le pensez-vous, et n'avez jamais entendu parler ou lu sur Sir Petty : votre cas n'est pas unique. Malgré ses contributions, et elles ne se limitent pas aux sujets mentionnés au paragraphe précédent, Petty n'est pas considéré comme l'un des pionniers ou des fondateurs de l'économique. Tout au plus est-il reconnu comme un précurseur. Pourtant, comme le conclut The Economist, «...his economic ideas have stood the test of time.»

Références : The Economist. Édition du 21 décembre 2013, page 116 : «Meet Sir William Petty, the man who invented economics».

Ou bien, allez à l'adresse :
 http://www.economist.com/news/finance-and-economics/21591842-meet-sir-william-petty-man-who-invented-economics-petty-impressive

Ou encore, mettez dans votre moteur de recherche William Petty et apparaitront des choix de textes sur ce personnage méconnu.

Mise à jour du 7 mai 2015

Dans son «Histoire de l'analyse économique», J. A. Schumpeter consacre plusieurs pages et passages à l'examen de la contribution de Petty à l'économie, notamment dans le tome 1 (L'âge des fondateurs), aux pages 294 à 302 principalement.

28 déc. 2013

«mãn» de Kim Thúy

Dans son roman «mãn», Kim Thúy nous fait découvrir les us et coutumes ainsi que les valeurs des Vietnamiens. Après les premiers épisodes de sa vie vécue au Vietnam, Mãn, son personnage principal, épouse un canadien d'origine vietnamienne. Même une fois établie à Montréal, son univers de référence demeure le Vietnam. Il faut dire qu'elle est d'abord confinée à la cuisine du restaurant mené par son mari. Les mets et la majorité des clients sont vietnamiens dans une communauté principalement originaire de l'Asie de l'Est. Sa vie est routinière, et elle ne s'attend pas à plus. Le passage suivant du livre résume bien son état d'esprit :  «Mon mari et moi avancions sur une route aussi lisse et plane qu'une piste d'atterrissage.» (page 105). Pouvait-elle espérer mieux? Laissons-là s'exprimer : «Voilà pourquoi je m'appelle Mãn qui  veut dire «« parfaitement comblée»» ou «« qu'il ne reste plus rien à désirer»», ou ««que tous les vœux ont été exaucés»». Je ne peux rien demander de plus , car mon nom m'impose cet état de satisfaction et d'assouvissement.» (pages 34 et 35).   

Toutefois, progressivement, le monde de Mãn prend de l'expansion grâce aux liens d'amitié qu'elle développe avec Julie, une Québécoise à l'esprit ouvert et sensible aux besoins des autres : elle rencontre d'autres gens, tisse des liens d'amitié, réalise des projets, relève des défis, effectue des voyages, vit de nouvelles émotions, etc. Son état d'esprit change. Ses attentes par rapport à la vie évoluent. Ses émotions basculent, notamment lorsqu'elle fait connaissance de Luc. Cette rencontre vient la bouleverser «... je ne savais rien encore de cet homme , qui était subitement devenu le centre de mon univers alors que je n'avais ni centre ni univers.» (page 108). Même si leur relation amoureuse prend fin, sa vie, et ses interactions avec les autres, incluant ses enfants, en restera imprégnée.

 «mãn» est rédigé dans le même style que «ru» (voir ci-dessous* mon commentaire du 27 mars 2011 concernant ce livre), à la différence que celui-ci est un roman autobiographique, alors que celui-là est présenté tout simplement comme une œuvre de fiction.

À l'endos du livre, l'auteure y est présentée comme étant la «...fidèle maîtresse des mots.», et c'est loin d'être une exagération.

* Lien vers mon commentaire du 27 mars 2011 :
http://jailuetvous.blogspot.ca/2011/03/jai-lu-ru-de-kim-thuy.html

Référence : Thúy, Kim. «mãn». Éditions Libre Expression, 2013. 145 pages.

22 déc. 2013

Fracturation hydraulique : une nouvelle méthode de purification de l'eau souillée

La qualité de l'eau utilisée dans l'extraction par fracturation de gaz et de pétrole est une source importante d'inquiétude, notamment en raison des risques de contamination de la nappe phréatique ou d'autres sources d'approvisionnement en eau potable. Cette eau revient souvent à la surface salée et contaminée par des produits chimiques. Son évaporation est, semble-t-il, la façon habituelle de tenter de la nettoyer. La revue The Economist nous apprend qu'une nouvelle méthode de purification a été mise au point par Memsys Clearwater. Cette méthode serait basée sur la technologie développée pour la désalination de l'eau de mer. Son nom : vacuum multi-effect membrane distillation. Je ne me hasarderai pas à vous la décrire de crainte de vous induire en erreur. Je vous réfère plutôt à l'article de la célèbre revue britannique. L'eau souillée au cours du processus de fracturation serait suffisamment propre une fois traitée selon cette technique pour servir à l'irrigation ou être de nouveau utilisée à des fins de fracturation.

Au fur et à mesure que le progrès technologique permettra de trouver une ou des solutions au problème de la contamination de l'eau, l'opposition à la fracturation hydraulique s'atténuera. Il sera alors possible de produire et d'utiliser davantage de gaz naturel, la source d'énergie probablement la moins nuisible sur le plan de l'environnement parmi les énergies d'origine fossile.

Référence : The Economist Technology Quarterly. Section centrale de l'édition du 30 novembre 2013 de la revue The Economist. Article intitulé «Clean that up». Pages 7 et 8.

30 oct. 2013

Analyse du Plan de développement du commerce extérieur du Québec








Le Plan de développement du commerce extérieur 2013-2017 (PDCE), présenté le 28 octobre dernier, par le ministre Jean-François Lisée, est un bon exercice de mise au goût du jour de l’offre de services du gouvernement du Québec aux entreprises exportatrices de biens et de services sur le marché des autres provinces et le marché international. Ce plan semble cependant mal nommé puisque la dimension importation du commerce extérieur y est absente, mais on ne peut blâmer le gouvernement d’ignorer cela dans son plan. Le thème «Investir dans l’exportation, c’est investir dans le Québec» est davantage évocateur du contenu et des intentions que le nom du plan. Outre l’appui aux exportateurs, il y est question de mesures en vue de promouvoir les atouts du Québec à l’étranger.


Ce plan annonce une adaptation aux nouvelles réalités des services à l’exportation développés tout au cours des dernières décennies. Cependant, il n’est pas assez ambitieux, probablement, entre autres, en raison de contraintes de budget. Il est particulièrement timide sur le développement de la présence internationale des entreprises. Vendre est important, mais l’implantation à l’étranger ne doit pas être négligée que ce soit, par exemple, pour offrir un service d’installation ou d’entretien en complément du produit vendu ou encore pour produire, au besoin, ailleurs qu’au Québec, même si, sur le plan politique, il s’agit d’un sujet plutôt tabou.


Le PDCE offre un bel équilibre entre la nécessité d’appuyer de nouveaux exportateurs ainsi que ceux en consolidation et en diversification de marchés. Le gouvernement résiste ainsi au fantasme de mettre toutes ses énergies dans la diversification tout azimut, sujet qui continue d’avoir bonne presse.


Sur le plan des marchés prioritaires, le gouvernement cède au chant de sirènes; elles lui semblent toutes attrayantes, et l’éparpillement des efforts et des ressources pourrait bien en résulter. Le buffet des territoires prioritaires présenté à la section 1.1 du plan en offre vraisemblablement trop aux convives par rapport à leur appétit réel et, encore plus, par rapport aux ressources humaines et aux moyens financiers mis à la disposition des intervenants en développement de marchés. À trop vouloir étirer la capacité des ressources à livrer des services sur un trop grand nombre de territoires, on risque fort de n’offrir qu’un appui  ponctuel aux exportateurs plutôt qu’un soutien stratégique et continu. Un bon ciblage et une bonne sélection s’imposent dans toute stratégie de diversification des marchés, tout comme, par analogie, dans l’investissement de portefeuille.


Les objectifs, les orientations, les cibles et les actions retenus et présentés dans les sections 4 et 5 du document sont les éléments forts du PDCE. On sent bien qu’ils ont fait l’objet d’un examen attentif de la part des auteurs du plan et des divers intervenants en développement des exportations et en promotion du Québec à l’étranger. La concertation et la synergie ont ainsi porté fruit, d’où l’importance de continuer dans cette voie comme le prévoit d’ailleurs le Plan.


Ce qui surprend, c’est de retrouver dans le Mot de la Première Ministre : «Son objectif est simple : réduire notre déficit commercial par l’augmentation de nos exportations.». Le Plan peut y contribuer, bien que marginalement. On voit mal comment «…des ventes fermes totalisant plus de 940 millions de dollars.» (page 19 du plan), étalées sur trois ou quatre ans au minimum, peuvent influer de façon importante sur un déficit du commerce des biens et services qui se chiffrait à 24,4 milliards de dollars en 2012. Une stratégie de remplacement du pétrole importé aurait nettement plus de portée sur la réduction du déficit que le PDCE.


On voit bien dans le Plan comment le gouvernement va allouer les 81,7 millions de dollars sur trois ans. C’est clair et précis, particulièrement dans l’annexe 1 portant sur le cadre financier. Ce qui étonne, c’est de ne pas retrouver de précisions sur le «… plus d’un milliard de dollars en soutien financier qui est mis à la disposition de nos entreprises d’ici 2017, pour la réalisation de projets à l’exportation.» (page 19). C’est sur ce milliard, qui n’est pas rien, que le PDCE aurait dû porter, ainsi que sur toutes les ressources impliquées dans l’accompagnement-conseil. Dans ces circonstances, le Plan semble davantage une justification de budget additionnel qu’un plan d’ensemble pour stimuler les ventes de nos entreprises à l’extérieur du Québec. Ce  plan a tout de même le mérite de procurer du budget pour défrayer les activités et les initiatives des gens qui oeuvrent au développement des exportations et à la promotion à l’étranger des atouts du Québec.  

Enfin, le soutien financier de plus d’un milliard de dollars devrait susciter des investissements de plus de 3,5 milliards de dollars sur quatre ans entraînant la création de plus de 10 000 emplois (page 19). Le Plan, et son budget de 81,7 millions, devrait à lui seul générer 6 000 emplois sur 4 ans. Cela suscite des interrogations et mérite des explications, car on peut douter que moins de 10 % de l’enveloppe financière dédiée à l’exportation génère 60 % des emplois prévus. Toutefois, si cette estimation est correcte, l’efficacité attendue de l’accompagnement-conseil et de l’appui financier prévus au Plan ne devrait-elle pas inciter le gouvernement à réorienter au complet le soutien financier de plus d’un milliard?
 Note : Le Plan de développement du commerce extérieur et son sommaire sont disponibles à :  http://www.mrifce.gouv.qc.ca/fr/salle-de-presse/actualites/13252

18 sept. 2013

Le libre-échange, un dossier «ultrasecret» en mars 1985 : on peut en douter

Le projet de négociation de libre-échange entre le Canada et les États-Unis était-il bel et bien un projet secret ou même ultrasecret en mars 1985? L’information disponible sur le site Internet de Radio-Canada*  dans le cadre de la présentation d’un dossier et d’entrevues sur la carrière politique de monsieur Brian Mulroney va dans ce sens. En voici un extrait :

«Le projet est alors ultrasecret. Les fonctionnaires reçoivent l’ordre de ne pas l’ébruiter. Le public canadien ne doit pas savoir.»

Cela a de quoi étonner, et mérite un retour sur ce qui a été publié à l’époque.

En novembre 1984, le gouvernement dirigé par Brian Mulroney rend public «Une nouvelle direction pour le Canada : programme de renouveau économique». Il y annonce qu’il «…étudiera en priorité,…, tous les moyens possibles d’obtenir un accès plus sûr et plus libre aux marchés.».

En janvier 1985, le ministre James F. Kelleher rend public le document de travail intitulé «Comment maintenir et renforcer notre accès aux marchés extérieurs». Un accord commercial bilatéral (Canada-États-Unis) global est l’une des options examinées dans ce document. Le gouvernement fédéral y indique, tout comme en novembre, qu’il consultera les provinces et les représentants du secteur privé sur les options présentées dans ce document.

Au cours du Sommet de Québec tenu les 17 et 18 mars 1985, est rendue publique la «Déclaration du Premier ministre du Canada et du Président des États-Unis d’Amérique concernant le commerce des biens et services». On y retrouve, entre autres, les paragraphes suivants :

«Nous avons aujourd'hui convenu d'accorder la plus haute priorité à la recherche de moyens mutuellement acceptables de réduire et d'éliminer les barrières commerciales existantes de façon à maintenir et à faciliter le flux des échanges et des investissements.»

«Nous avons demandé à l'ambassadeur Brock, délégué commercial général des États-Unis, et à l'honorable James Kelleher, ministre du Commerce extérieur, d'établir immédiatement un mécanisme bilatéral pour recenser toutes les possibilités de réduire et d'éliminer les barrières commerciales existantes, et de nous faire rapport dans les six mois qui viennent.»
 

Il n’y est pas dit explicitement que le Premier ministre a proposé la négociation d’un accord de libre-échange, mais on discerne bien que le sujet a été sérieusement discuté. Instructions sont également données dans cette déclaration publique de régler des «entraves spécifiques au commerce» qui seront éventuellement des sujets importants des négociations de libre-échange.
 

Dans un article publié dans l’édition d’octobre 2007 de la revue Options politiques de l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), Charles McMillan, conseiller politique senior du Premier ministre Mulroney de 1984 à 1987, écrit :

 «To the surprise of International Trade Minister, James Kelleher, his department and the entire cabinet, the consultations exercise produced an overwhelming consensus in the Canadian business community to push for a bilateral trade agreement…and many supporters among labor, academe, and some provinces, moulded a constituency for a free trade agreement with the US.» (page 30).
 

Monsieur Mulroney indique en entrevue au journaliste Guy Gendron qu’il souhaitait garder la proposition d’accord bilatéral secrète en mars 1985 pour prendre le temps de «préparer le terrain». Il semble bien que «le terrain» était déjà bien fertile et bien connu à ce moment-là.

Les travaux et les consultations se sont poursuivis publiquement et en privé au cours des semaines et des mois suivants. La Commission royale d’enquête sur l’union économique et les perspectives de développement du Canada (Commission Macdonald) y a ajouté sa contribution, notamment dans son rapport final en septembre 1985. Le Premier ministre, ayant aussi reçu le rapport demandé six mois plus tôt au ministre Kelleher, s’est alors senti à l’aise d’informer formellement,  le 26 septembre, la Chambre des Communes de son projet de tenir des négociations de libéralisation des échanges avec les États-Unis.

Les affirmations de dossier «ultrasecret» et de la nécessité de « préparer le terrain» pourraient tenir, mais à un moment antérieur à mars 1985. Dans son article précité, Charles McMillan indique (page 28 de la revue) que :

«Shortly after Mulroney was elected on September 4, 1984,…, Mulroney accepted the President’s invitation for bilateral talks in Washington. At those meetings, President Reagan reiterated his 1980 initiative for a Canada-US-Mexico free trade zone,…, however vague the details.»

À son retour à Ottawa, il est bien possible que monsieur Mulroney en ait parlé à ses fonctionnaires et leur ait demandé de garder cela «ultrasecret», tout en leur indiquant l’importance de «préparer le terrain». La séquence relatée ci-dessus, c'est-à-dire documents de novembre 1984 et de janvier 1985, déclaration conjointe de mars 1985, etc., serait alors compatible avec ce qui est dit en entrevue par monsieur Mulroney au journaliste Guy Gendron, à tout le moins sur le secret et la préparation du dossier. Il suffirait, je suppose, de vérifier auprès de monsieur Mulroney si ses souvenirs à cet égard ne réfèrent pas  à septembre ou octobre1984, plutôt qu’à mars 1985.


Dans la vidéo de Radio-Canada, le présentateur dit que monsieur Mulroney «…reconnait avoir trompé les Canadiens sur ses intentions concernant l’Accord de libre-échange avec les États-Unis.». Sur la base des documents publiés, notamment en 1985, j’avance l’hypothèse que, au cours de l’entrevue réalisée en 2013, il s’est tout simplement, et bien involontairement, «trompé» sur la dimension publique du dossier en mars 1985.



*Voici le lien vers la page pertinente du site Internet de Radio-Canada :

 
 
     

10 sept. 2013

«De l'étalon-sterling à l'étalon-dollar» de Roger Dehem


Le livre de Roger Dehem intitulé « De l’étalon-sterling à l’étalon-dollar» a été publié il y a un peu plus de quarante ans. Il est riche en connaissances et en réflexions sur les politiques monétaires respectives des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne, notamment entre 1873 et 1971. Comme l’indique bien le sous-titre de cet ouvrage, c’est d’une «Synthèse d’histoire monétaire» dont il s’agit, et elle est particulièrement bien documentée.

Le professeur Dehem y met en évidence les bonnes décisions des autorités politiques et monétaires nationales à certains moments. Il s’indigne toutefois de ce qu’il appelle des «aberrations», et elles furent nombreuses, aberrations qui se sont avérées couteuses pour les citoyens et déstabilisantes pour les économies.

Avec preuves à l’appui, il écrit :

«De toute l’histoire des décisions de politique économique, il n’est sans doute pas d’épisode plus déconcertant que celui de la politique monétaire aux États-Unis de 1929 à 1933.» (page 114).

«Si la politique de stérilisation de l’or au cours des années 1920 fut défendable du point de vue national, celle des années 1929-1933 fut catastrophique, tant au point de vue intérieur qu’à celui du reste du monde. Parmi toutes les politiques qui auraient pu être adoptées pour relancer l’économie interne en 1933, celles qui furent effectivement appliquées furent les pires que l’on puisse imaginer du point de vue externe ; leur efficacité interne est, par ailleurs, discutable.» (page 119).

Et il ajoute :

«Non seulement la gestion monétaire était-elle contraire à l’intérêt mondial, mais elle infligea des souffrances immenses et inutiles au peuple américain.» (page 137).

Ses critiques ne se limitent aux décisions américaines, malgré ce que peuvent laisser croire mes choix de citations. Il en a aussi contre des décisions de pays européens, en particulier les choix de la France à divers moments.

 Il examine en outre les efforts de la communauté internationale pour améliorer la collaboration et la concertation entre les pays pour tenter d’éviter dans l’avenir la répétition des erreurs du passé. Il se penche notamment sur «Le compromis de Bretton Woods» et la «paralysie» du Fonds monétaire international à ses débuts. Il nous livre également ses réflexions sur la faisabilité, à l’époque, de l’union monétaire en Europe.

L’étude du professeur Dehem s’arrête à la décision des États-Unis, en août 1971, de suspendre la convertibilité-or du dollar. Toutefois, l’histoire des crises monétaires et financières est loin d’être achevée, comme nous le démontre bien l’actualité économique, notamment depuis 2007-2008. Cette fois-ci, la gestion laxiste des risques serait la principale cause de la crise financière. La connaissance de l’expérience des années 1930 a, à tout le moins, amené les autorités publiques et monétaires à intervenir avant que cette crise ne se transforme en désastre. Politiques monétaires expansionnistes, dépenses gouvernementales en infrastructures et plans de sauvetage des banques et d’industries, notamment celle de l’automobile en Amérique du Nord, se sont conjugués afin d’éviter le pire.

Enfin, pour compléter la lecture de ce livre, pourquoi ne pas entreprendre celle de «The Ascent of Money» de Niall Ferguson,  publié en 2008. Il y a déjà trop longtemps que ce livre repose sur une tablette de ma bibliothèque.


Référence : Dehem, Roger. «De l’étalon-sterling à l’étalon-dollar». Calmann-Lévy, 1972. 222 pages.

5 sept. 2013

«Lettres à un jeune politicien» de Lucien Bouchard


Les neuf «Lettres à un jeune politicien» de Lucien Bouchard sont en quelque sorte un aide-mémoire sur des moments marquants, pour le Québec et lui, de la deuxième moitié du vingtième siècle sur le plan politique. Il nous rappelle comment il les a vécus et les enseignements qu’il en a tirés, ce qui lui permet d’y ajouter ses conseils. Il y relate les virages qu’il a effectués au cours de sa vie politique, comme au moment de l’échec de l’Accord du lac Meech et à la suite de la campagne référendaire de 1995 où il est passé de la scène politique à Ottawa à celle de Québec.

Ces lettres révèlent bien des dimensions de la personnalité et du caractère de monsieur Bouchard ainsi que sa capacité de séduire et de convaincre ses concitoyens. Il a su incarner le ressentiment et la déception  de bien des Québécois à la suite de l’échec de Meech. Ses qualités d’orateur et ses discours passionnés ont permis au camp du Oui lors de la campagne référendaire de 1995 d’éviter une raclée et d’entretenir chez ses militants l’espoir que la prochaine fois pourrait être la bonne. Pour les tenants du Non, ils ont été à même de constater qu’il faut plus qu’une bonne cause lorsque le porte-parole des adversaires est redoutable et admiré de ses concitoyens. Cela n’a pas été sans rappeler que lors de la campagne référendaire de 1980, ce fut l’intervention d’un autre leader en qui bien des Québécois avaient confiance qui a nettement contribué à la victoire décisive du camp du Non.

Une dixième lettre pourrait s’ajouter à celles de monsieur Bouchard. Une lettre de mise en garde et d’appel à la prudence lorsque éloquence, charisme, passion, magnétisme en viennent à l’emporter, ou presque, sur la logique, la raison et le bon sens.

Enfin, le livre de monsieur Bouchard est avant tout un appel à la participation des jeunes à la vie démocratique et à leur engagement en politique active. L’extrait suivant résume bien, selon moi, son intention :

 «…nos plus brillants esprits doivent, de toute urgence, investir les partis politiques et les lieux de pouvoir. C’est désormais à eux, c’est-à-dire à toi et à tes jeunes concitoyens, d’affronter les grands défis du temps : l’éducation, la santé, l’économie, l’environnement, les finances publiques.» ( page 115).

 

Référence : Bouchard, Lucien avec Pierre Cayouette. «Lettres à un jeune politicien». VLB Éditeur, 2012. 120 pages.

16 juil. 2013

«Offrir Dieu» de Yvon Joseph Moreau

Dans son livre, Yvon Joseph Moreau nous présente plus de quarante billets sur Dieu. Le Dieu des chrétiens, comme nous le percevons, notamment depuis Vatican II. Un dieu aimant, compatissant; un guide, un modèle, un compagnon, et bien plus. Ce sont aussi des valeurs et un mode de vie et de penser qui nous sont proposés dans ses écrits. Il le fait en utilisant des mots simples et en relatant ses expériences de vie et de spiritualité. La foi, l'espérance, la paix, l'amour, etc., sont des prolongements de son expérience ou de sa connaissance de Dieu.

Le Dieu que nous offre ce moine cistercien est-il le vrai Dieu? N'a-t-il pas trop les caractéristiques que les humains modernes veulent bien lui attribuer? La paix, la charité et l'amour sont-ils possibles sans Dieu? Le Dieu des chrétiens n'est-il qu'une vue de l'esprit, un réconfort, un idéal pour nous aider à passer à travers les épreuves ou les difficultés de la vie?

Même après avoir lu ce livre, Dieu demeure bien mystérieux pour moi. Ma recherche de Dieu n'est vraisemblablement pas complétée. Je devrai probablement le chercher autrement et inlassablement.

Référence : MOREAU, Yvon Joseph. «Offrir Dieu». Médiaspaul, 2012. 108 pages.

8 juil. 2013

Des légumes au dessert : quelle idée!

Des desserts à base de légumes : cela a de quoi surprendre. C'est pourtant ce que nous proposent en 48 recettes mesdames Annik De Celles et Andréanne Martin.

En introduction, madame De Celles nous explique comment elle en est venue à développer des recettes de dessert particulièrement originales : grossesse difficile, risque élevé de diabète, etc., et, surtout, un grand désir de «...changer les difficultés en occasions de rendre la vie encore plus...délicieuse !» (page 18).

Dans son mot de la nutritionniste, madame Martin suggère de «Bien manger sans culpabilité»; il s'agit, selon elle, «...d'augmenter ses portions quotidiennes de légumes et ainsi de vitamines, de fibres et d'antioxydants en s'offrant un bon dessert qui contient moins de calories, de gras et de sucre que ceux que l'on consomme habituellement.» (pages 21 et 22).

Voici quelques titres de recettes pour susciter votre intérêt et stimuler vos papilles gustatives :

- Rutatarte au sucre
- Carrés aux dattes et à l'aubergine
- Brownies à l'aubergine
- Crème brûlée à la courge
- Grands-pères gourganes, aubergine et bleuets.

Les auteures présentent les ingrédients, le mode de préparation et les valeurs nutritives de chaque recette. Le livre est bien illustré, sans superflu pour ainsi aller à l'essentiel : de beaux et bons desserts.

Laissez-vous surprendre!

Référence : DE CELLES, Annik et Andréanne Martin. «Desserts santé pour dents sucrées». Les Éditions du Trécarré, 2012. 127 pages.

26 juin 2013

«Le mandarin de l'ombre - De la Grande noirceur à la Révolution tranquille» de Roch Bolduc


Roch Bolduc était venu nous faire une présentation au milieu des années 1970 dans le cadre d’un cours de finances publiques à l’Université Laval. C’est le bon souvenir de cette présentation qui m’a incité à lire le témoignage de sa vie, notamment dans la fonction publique québécoise, dans le secteur privé et au Sénat canadien. Il nous livre, entre autres, ses commentaires sur les événements et les personnages qui l’ont marqué.

Les trois premiers chapitres sur son enfance et ses études ont peu suscité mon intérêt. Je suis toutefois content d’avoir persévéré dans ma lecture, car les chapitres suivants sont riches en renseignements, souvenirs, commentaires et bilans.

J’ai particulièrement aimé la section intitulée « À Kingston» (pages 191 à 199) où pendant un an, 1972-1973, il est basé au Collège de la défense; ce n’est cependant qu’un port d’attache d’où il partira souvent pour parcourir le monde.

Les pages 252 à 255 sont aussi dignes de mention. Il nous y livre ses opinions et ses constats sur des sujets comme les difficultés de réformer et de contenir l’appareil gouvernemental. Les deux dernières phrases de la page 255 traduisent bien sa pensée : «Morale : prudence et modération dans l’intervention gouvernementale. Le public n’en demande peut-être pas tant!». D’ailleurs, à la page 172, il nous avait déjà servi un avertissement : «Or, qui dit planification dit intervention. Au pouvoir, c’est toujours tentant d’intervenir et rares sont les planificateurs qui recommandent de ne rien faire!». Autre sujet où il a un point de vue assez tranché : les bonis aux gestionnaires de la fonction publique (page 289).

Il passe parfois très vite sur certains sujets importants, ce qui peut même devenir une lacune. À titre d’exemple, à la page 283, il enfile successivement  politique monétaire, pauvreté, visites officielles en Algérie et au Maroc, l’amélioration du processus budgétaire, l’an 2000, la vie dans l’opposition. En ne nous présentant que le menu, il nous laisse, bien évidemment, sur notre appétit.

Autre critique : une bonne révision aurait été importante pour corriger des coquilles, comme à la page 275 où l’OMC devient  «…l’Office mondial du commerce…»; heureusement, à la page 292, cette organisation retrouve sa bonne appellation, soit l’Organisation mondiale du commerce.

La biographie de Pierre Nepveu sur Gaston Miron (voir mon commentaire du 3 avril 2012) nous présentait le Québec du vingtième siècle par le prisme du monde littéraire. Roch Bolduc nous le présente d’un tout autre angle, celui de l’administration publique.

Référence : BOLDUC, Roch. «Le mandarin de l’ombre - De la Grande noirceur à la Révolution tranquille». Les éditions du Septentrion, 2012. 347 pages.

5 mai 2013

C'est arrivé aux États-Unis

À la fois incroyable et inquiétant ce que je viens de lire dans The Economist, et dont je vous rapporte le mot à mot :

«Thirteen female prison officers in Baltimore were charged with colluding with gang members in a state jail. The guards allegedly smuggled phones, pills and other items for the prisoners. Four of them became pregnant after sleeping with the gang's leader; two had his name tattooed on their bodies. Maryland's prison service said it was working to root out corruption and that its jails "have never been safer".»

Les gestionnaires de la prison semblent avoir un certain sens de l'humour.

Source : The Economist, édition du 27 avril 2013, page 6, au bas à droite.