Keynes était particulièrement brillant. Heilbroner le décrit comme étant un « phénomène » aux multiples talents et domaines d’intérêt. Il écrit que Marx s’est acharné au dix-neuvième siècle à démontrer que le capitalisme était voué à l’échec. Keynes, durant la première moitié du vingtième, a été, selon lui, l’architecte de sa viabilité et de sa capacité à se reconstruire.
Heilbroner réussit le tour de
force de présenter en une quarantaine de pages la vie et la contribution de
Keynes. Limitons-nous ici à référer à quelques faits saillants.
Plusieurs personnes de bon
jugement, selon Roy Harrod son premier biographe, « … have declared that
Keynes contributed more to winning the war (1914-1918) than any other person in
public life. » page 257 Toutefois, comme d’autres, il a critiqué le Traité
de Versailles puisqu’il portait les germes de ce qui deviendra la guerre
mondiale de 1939-1945.
La Grande Dépression
des années 1930 qui suivit « l’exubérance irrationnelle » de la deuxième
moitié des années 1920 contribua vraisemblablement le plus à la pensée et à la
notoriété de Keynes. Le modèle économique de base ne tenait plus. L’épargne étant
disparue, comment stimuler une éventuelle reprise, en particulier
l’investissement?
Dans sa « General Theory of
Employment, Interest and Money », Keynes proposa les dépenses
publiques comme levier. Il y a eu aux États-Unis un exemple d’effort à cet
égard, bien qu’insuffisant, au début des années 1930. Finalement, l’effort de
guerre apporta l’impulsion nécessaire à une expansion économique durable.
À l’époque, l’idée d’utiliser
la politique monétaire pour stimuler l’économie n’avait pas encore fait son
chemin. Au contraire, la Réserve fédérale des États-Unis s’inquiétait
davantage d’une résurgence de l’inflation que de la dégradation du marché de
l’emploi (page 276).
Malgré sa santé déclinante, Keynes
fut l’un des architectes du nouvel ordre économique mondial qui se dessina
durant les derniers moments de la guerre mondiale de 1939-1945. À Bretton
Woods, on jeta les bases du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque
internationale pour la reconstruction et le développement, devenue plus tard la
Banque mondiale, et du projet mort-né d’Organisation internationale du Commerce,
dont on ne retenut pour quelques décennies que l’Accord général sur les tarifs
douaniers et le commerce, le GATT, devenu, depuis 1995, l’un des Accords de l’Organisation
mondiale du Commerce (OMC).
Dans son Histoire del’analyse économique, Joseph Aloy Schumpeter, lui comme d’autres d’ailleurs,
critiqua la Théorie générale de Keynes :
« …on ne semble pas avoir
réalisé combien son modèle était strictement un modèle de court terme et
l’importance que revêt ce fait pour la structure d’ensemble et les résultats de
la Théorie Générale. La restriction
déterminante tient à ce que non seulement les fonctions et les méthodes de
production ne sont pas soumises au changement, mais également la quantité et la
qualité des installations. » (Tome 3, page 581)
Aux critiques de sa Théorie,
Keynes offrit sa célèbre réplique « In the long run, we are all dead. »
Enfin, dans un texte publié en
juin dernier par le FMI, Robert Skidelsky, biographe de Keynes, nous invite à revoir
« Les
enseignements de Keynes pour notre temps». Selon lui, « La
philosophie morale de Keynes et son acceptation de l’incertitude peuvent guider
l’économie, la finance et les marchés portés par l’IA d’aujourd’hui. »
Source : Heilbroner,
Robert L. « The
Worldly Philosophers - The Lives, Times, and Ideas of the Great Economic
Thinkers ». 7ième édition révisée,
Simon & Schuster, 1999. Pages 248 à 287.
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