23 juil. 2026

John Maynard Keynes selon Heilbroner

 

Keynes était particulièrement brillant. Heilbroner le décrit comme étant un « phénomène » aux multiples talents et domaines d’intérêt. Il écrit que Marx s’est acharné au dix-neuvième siècle à démontrer que le capitalisme était voué à l’échec. Keynes, durant la première moitié du vingtième, a été, selon lui, l’architecte de sa viabilité et de sa capacité à se reconstruire.

Heilbroner réussit le tour de force de présenter en une quarantaine de pages la vie et la contribution de Keynes. Limitons-nous ici à référer à quelques faits saillants.

Plusieurs personnes de bon jugement, selon Roy Harrod son premier biographe, « … have declared that Keynes contributed more to winning the war (1914-1918) than any other person in public life. » page 257 Toutefois, comme d’autres, il a critiqué le Traité de Versailles puisqu’il portait les germes de ce qui deviendra la guerre mondiale de 1939-1945.

La Grande Dépression des années 1930 qui suivit « l’exubérance irrationnelle » de la deuxième moitié des années 1920 contribua vraisemblablement le plus à la pensée et à la notoriété de Keynes. Le modèle économique de base ne tenait plus. L’épargne étant disparue, comment stimuler une éventuelle reprise, en particulier l’investissement?

Dans sa « General Theory of Employment, Interest and Money », Keynes proposa les dépenses publiques comme levier. Il y a eu aux États-Unis un exemple d’effort à cet égard, bien qu’insuffisant, au début des années 1930. Finalement, l’effort de guerre apporta l’impulsion nécessaire à une expansion économique durable.  

À l’époque, l’idée d’utiliser la politique monétaire pour stimuler l’économie n’avait pas encore fait son chemin. Au contraire, la Réserve fédérale des États-Unis s’inquiétait davantage d’une résurgence de l’inflation que de la dégradation du marché de l’emploi (page 276).

Malgré sa santé déclinante, Keynes fut l’un des architectes du nouvel ordre économique mondial qui se dessina durant les derniers moments de la guerre mondiale de 1939-1945. À Bretton Woods, on jeta les bases du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, devenue plus tard la Banque mondiale, et du projet mort-né d’Organisation internationale du Commerce, dont on ne retenut pour quelques décennies que l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT, devenu, depuis 1995, l’un des Accords de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Dans son Histoire del’analyse économique, Joseph Aloy Schumpeter, lui comme d’autres d’ailleurs, critiqua la Théorie générale de Keynes :

« …on ne semble pas avoir réalisé combien son modèle était strictement un modèle de court terme et l’importance que revêt ce fait pour la structure d’ensemble et les résultats de la Théorie Générale. La restriction déterminante tient à ce que non seulement les fonctions et les méthodes de production ne sont pas soumises au changement, mais également la quantité et la qualité des installations. » (Tome 3, page 581)

Aux critiques de sa Théorie, Keynes offrit sa célèbre réplique « In the long run, we are all dead. »

Enfin, dans un texte publié en juin dernier par le FMI, Robert Skidelsky, biographe de Keynes, nous invite à revoir « Les enseignements de Keynes pour notre temps». Selon lui, « La philosophie morale de Keynes et son acceptation de l’incertitude peuvent guider l’économie, la finance et les marchés portés par l’IA d’aujourd’hui. »

 

Source : Heilbroner, Robert L. « The Worldly Philosophers - The Lives, Times, and Ideas of the Great Economic Thinkers ». 7ième édition révisée, Simon & Schuster, 1999. Pages 248 à 287.

 

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